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mémoires de teufeur


2° Free Open Festival, Chambley 2004
nord de la France du jeudi 29 avril au 2 mai 2004

Chambley 2004.
C'était le premier vrai teknival légal, directement engendré par de nombreuses années d'opression et de répression d'une culture que les officiels ont tout fait pour garder confidentielle et qui a, depuis plusieurs années, dépassé les frontières obscures de l'underground pour prendre pignon sur rue.
Round d'observation après les demi-échecs répétés des précédentes tentatives de teknival légal, un an après Marigny ( le premier teknival légal dressé dans l'urgence des nouvelles lois ) Chambley avait eu une année pour prendre place.
Le teknival du premier mai, anciennement connu sous le nom de " tekos de Paris " ( pour s'être longtemps tenu dans une limite de 300 km autour de Paris ) et rebaptisé " Free Open Festival " avec les nouvelles lois, a toujours déclenché une semi-effervescence, réputé pour être l'ouverture officielle de la saison avec le retour des beaux jours.
Grande messe entre toute, on vient poser son son qu'importe la taille, l'essentiel est de participer, reprenant à leur compte le " Do It Yourself " tellement cher à leurs aînés, ils font leur, le concept de spectacle globale et piétinent la plupart des idées reçues sur l'expression artistique.

Un bateau de pirates échoué sur la piste principale à peine un peu à gauche de la tour de contrôle, image surréaliste, hommage aux pirates des caraïbes et à la théorie des TAZ de Hakim Bey.
Un peu comme un pied de nez aux autorités qui malgré leur poids légal ne peuvent guère qu'observer de loin depuis l'ancienne tour de contrôle ou dans leur hélicoptères ce qui ressemble pourtant bien à une Zone d'Autonomie Temporaire.
250 hectares, plusieurs kilomètres d'anciennes pistes d'aviation de l'OTAN, un accès fléché depuis la sortie de l'autoroute, quelques 600 gendarmes mobilisés pour canaliser près de 50.000 véhicules sur 4 jours, annonces sur les journaux tv dès le jeudi soir, après avoir tellement reproché à la free-tekno de brasser trop de monde, on voit que l'état aura tout fait pour amplifier l'ampleur d'un phénomène qu'il réprouve pourtant...
Médiatisation sensationnelle qui ne retient guère que les pires écueils d'une culture qui a pourtant toujours fait preuve d'une grande maturité, instaurant d'elle-même la prévention sur les teufs sans attendre les consignes d'un état trop coincé dans ses a-priori pour agir efficacement.
Loin de se voiler la face, devant le problème des drogues, le milieu free-tekno a su instaurer une prévention efficace via la distribution de fly, la mise en place de stand d'information et de chill-out, véritable action militante dans le seul pays où le simple fait de parler des drogues peut être perçu comme un encouragement à la consommation et donc emmener en prison.
Si il est vrai que même les acteurs du milieu free-tekno sont les premiers à dénoncer les abus en terme de consommation de produits stupéfiants, il est aussi vrai que les médias choisissent volontairement de stigmatiser cette culture avec cette image de danger et de consommation de drogues, les chiffres parlent d'eux-même et dénoncent de fait cette fausse image :
- Chambley, 2004 : 90 000 personnes pour 489 interventions des secours avec 59 hospitalisation dont 55 étaient ressorti 24 heures après et seulement 1 cas d'internement d'office
soit 0,54 % d'interventions en général avec à peine 0,065 % d'hospitalisation et 0.001 cas psychiatrique donc possiblement imputable à une prise de produit stupéfiants...
- Chambley, 2004 : 90 000 personnes pour 1 560 contrôles dont 47 infractions à la législation sur les stupéfiants
soit 1,7 % de contrôles dont seulement 3 % étaient en infraction ( ramené sur l'ensemble on frôle le 0,052 % ! )

Il reste plus facile de pointer des dangers fictifs au grand public, facilement argumentables par des témoignages télévisuellement sensationnels mais manifestement marginaux voir anecdotiques que d'expliquer le vrai danger véhiculé par ce milieu dans un pays où la liberté d'expression se veut une valeur sûre.
Et pourtant c'est bien là qu'est le vrai danger : dans la subversion véhiculé par ce type d'événements et plus que tout dans le succès rencontré qui propage malgré lui une certaine alternative de pensée.
Alternative qui dit que chacun peut devenir acteur et prendre les choses en main, à qui un son, à qui un stand de prévention, à qui un barbecue et chacun de trouver sa place avec la sensation d'avoir oeuvré à un tout commun, dans une société où les soit-disant média culturels ne cessent de déplorer les dégâts d'un sentiment d'individualité phagocytant, il est ironique de constater le succès grandissant d'une culture pourtant underground mais basée sur un sentiment de fraternité sans doute très proche d'un néo-tribalisme.
Car au-delà du chaos apparent pour un oeil non-averti tout cela possède une organisation intrinsèque où la majorité assume sa part de responsabilités tant individuelle que collective et si l'on ne peut nier les dégâts inhérents à ce type de manifestation, ils sont bien plus imputables à l'afflux massif du public généré par une médiatisation bien involontaire qu'à l'esprit qui anime ce qu'on appelait les "free-party".

Que reste-t-il de tout cela plus de 10 ans après ?
C'était sans doute la question que beaucoup se posaient avant Chambley, la plupart aura trouvé sa réponse et décidé que tout cela était désormais "bien" sale mais encore une fois, il ne faudrait pas s'arrêter à la surface des choses.
La médiatisation de cette culture en a fait une victime de son succès, sans cependant lui donner la reconnaissance, ni les moyens nécessaires à obtenir les subventions ou les aides de l'état, la laissant grandir seule et chercher elle-même ses propres alternatives convaincu de l'étouffer dans l'oeuf ça ne l'aura rendu que plus forte.
Devenue une véritable alternative à la toute-puissante industrie du disque, elle produit, diffuse et met en scène ses propres artistes via les réseaux alternatifs et progresse chaque jour plus loin dans la reconnaissance par un public désireux de ne plus être simplement spectateur.

Alors, oui Chambley, c'était sale,
oui, Chambley c'était presque trop grand
mais non, tout cela n'est pas mort !

Le bateau-pirate échoué sur Chambley était justement là pour rappeler que le "Free Open Festival" n'est qu'une vitrine d'une culture infiniment plus riche, son gigantisme reste la preuve de la vivacité de la scène free-tekno et tant que cette scène sera stigmatisée par les média, les teknivals resteront sans doute les meilleurs moyens de continuer à se montrer et de ne pas baisser les bras.

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