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Elegy, n°
21, avril-mai 02 |
Interview complète à : http://www.elegymag.com/articles/article.asp?id_art=3694
La Crobard Team
ou l'humour en noir
La comicpage est devenue
l’une des références du Net gothique, et les dancefloors des soirées se mettent
à trembler lorsque ses créateurs, Fab et Sand, font leur entrée… Après avoir
accompagné la (trop courte) vie du Follower, Elegy ouvre désormais ses pages
à la Crobard team ! Petite interview en guise de tapis rouge…
Gageons que lorsque la Crobard team a lancé TheCrobard.comicpage.com, un site internet humoristique dédié à notre cher milieu gothique, d’aucuns auraient juré ses grands dieux que la sauce ne prendrait pas, que la dérision ne pouvait exister dans notre sombre univers, et encore moins l’autodérision. Que nenni !
Qui
est exactement la Crobard team ? Qui fait quoi entre vous deux ?
Fab Crobard : la Crobard team, c’est deux personnes : Sand et moi
Sand : Nous avons pris le nom de « team » pour jouer sur le côté ambigu
du site : les gens fouillent rarement tout le site – hormis quelques fans –
tout simplement parce qu’il est maintenant trop vaste (nous avons calculé qu’il
faudrait trois jours pour le voir intégralement…), nos visiteurs ne savent donc
pas à qui ou à quoi ils ont affaire, hormis ce fameux Fab Crobard signalé partout
! Comme nous bossons vraiment ensemble, que c’est vraiment un boulot d’équipe,
nous aimons entretenir l’ambiguïté qui règne autour du « qui fait quoi ». Un
dessin fait quatre allers-retours entre nos différentes mains avant d’être mis
en ligne, sans considérer le fait qu’on en parle ensemble auparavant.
Fab : Schématiquement, moi je fais toute la partie « illustrative » (dessin
ou synthèse), Sand s’occupe, elle, du rédactionnel, de la mise en page et du
look du site. Les idées, quant à elles, viennent de l’un, de l’autre, on rebondit,
on déforme, on rit, quelquefois, ça finit en dessin.
Quand et comment a germé l’idée de « croquer » le monde
gothique ?
La première mouture de ce qui est maintenant The crobard webzine a été mise
en ligne en février 1999. À cette époque, le web gothique francophone en était
à ses balbutiements, et c’était « marrant » de faire une page perso « pour voir
» ; parallèlement s’était montée la liste de diffusion gothique. On avait fini
par apprendre qu’un certain nombre d’abonnés de cette liste étaient parisiens,
et on se manquait à chaque rendez-vous. J’ai envoyé une caricature de moi sur
la liste (d’ailleurs si quelqu’un l’a encore, j’en veux bien une copie) pour
qu’on se reconnaisse : c’était le premier crobard. J’avais cette page perso
désespérément vide, alors je me suis mis à faire un crobard que je mettais en
haut d’une page chaque semaine. Les premiers crobards n’étaient destinés qu’à
faire rire une vingtaine de personnes, et le site a commencé à être référencé
sans que je fasse quoi que ce soit ! Et vu que le public auquel je pensais m’adresser
était exclusivement goth et parisien, il était logique de leur parler d’eux
pour les faire rire. On ne caricature bien que ce que l’on connaît bien.
Pourquoi les goths ? N’était-ce pas un sujet d’étude
un peu facile ?
Sand : Justement, pour caricaturer correctement, il faut bien connaître
: les goths, nous les fréquentons depuis pas mal de temps, l’un comme l’autre.
Et puis la caricature comporte toujours en quelque sorte une part d’hommage.
Fab : Ça n’est pas si facile de faire de l’humour dans un milieu ou le
principal cliché est le côté dépressif suicidaire ; pas facile de ne pas retomber
dans les mêmes idées et d’innover après plus de 600 dessins.
Sand : On aime bien appuyer là où ça fait mal et on ne fait pas ça qu’avec
les goths, d’ailleurs. Si on a plus de choses sur les goths c’est parce qu’on
entretient un affectif particulier avec eux, on est des sympathisants, quoi
!
Vous êtes très actifs sur le Net, vous gérez plusieurs
sites, vous gérez la mailing-list goth française… Vous avez donc beaucoup de
contacts avec vos « lecteurs » ; quelles sont leurs réactions ? Que pensent
les gens de vos travaux, en général ?
Sand : C’est même sans doute de là qu’est venu le « succès » (mot relatif)
du Crobard. Internet permet une véritable interactivité, les gens participent
énormément au Crobard, que ce soit en nous envoyant des e-mails pour nous féliciter
ou pour nous soumettre des idées. La rubrique « Comment voyager gothique »,
par exemple, a été presque exclusivement réalisée grâce à nos lecteurs.
Fab : C’est vrai que nous avons pas mal de retours et que nous sommes
régulièrement surpris par l’humour dont fait preuve la grande majorité de nos
visiteurs. Par exemple, nous avons beaucoup de félicitations de la part de métalleux,
alors que nous ne sommes pas tendres avec eux… Sur la messagerie du site, nous
n’avons encore jamais reçu de mail d’insultes et, pour être honnête, le seul
dessin à avoir suscité une réaction négative avait été publié dans le Follower.
Sand : De toute façon, c’est cette interactivité qui fait vivre le site,
et tant que nous recevrons des mails de félicitations, nous continuerons à l’animer.
Fab : Et puis, pour l’instant, les gens qui nous écrivent pour nous dire
qu’ils se sont vraiment marré et que le site leur a plu sont notre seule rétribution.
Sand : En fait, les réactions vraiment surprenantes ont surtout lieu
IRL (« in real life »), en soirées : les gens viennent nous raconter les derniers
ragot(h)s, médire sur telle ou telle personne avec une intention bien précise.
Fab : Il y a ceux qui viennent volontairement se mettre en scène devant
nous dans l’espoir d’être dessinés et ceux qui se sauvent dès qu’ils nous voient,
de peur de finir en crobard…
Vous avez caricaturé des personnes « connues » du milieu
(organisateurs de soirées, membres de groupes, etc.). N’avez-vous jamais rencontré
de problèmes ? des représailles ? Des représailles ?
Fab : Non, jamais. Des rires jaunes par contre, souvent !
Sand : Les organisateurs, comme les membres des groupes, sont comme nous,
ils ont un œil plus « extérieur » à la scène avec le recul propice à l’autodérision,
ils font en général partie de nos « fans ». Et puis, il semble qu’il y ait pour
certains une sorte de prestige du crobard : il faut avoir eu son crobard, peu
importe la situation !
Fab : Et puis, quels problèmes ? La fermeture du site ? Pour quelles
raisons ? caricature ? Hormis le fait que ce soit ridicule, le droit à la caricature
est reconnu en France. Nous ne diffamons pas, nous mettons juste en exergue
les petits défauts qui agacent.
Vous arrive-t-il de vous autocensurer ? Y a-t-il des
dessins que vous n’avez jamais osé publier par crainte des susdites représailles,
ou de vexations ? Si oui, pourquoi ? Des exemples ?
Sand : Au début, non avons publié tout sans distinction, puis par la
suite, via les retours sous forme d’e-mails, nous avons commencé à comprendre
que notre public dépassait les vingt internautes gothiques parisiens. Nous avons
alors décidé de « censurer » (le mot est fort) certains dessins trop « private
joke ». Il y a toujours environ deux tiers des dessins qui traînent et que nous
n’avons pas pris le temps de scanner, ou pour lesquels il n’existe pas de rubrique
adaptée sur le site.
Fab : Oui, il y a quelques dessins qui restent inédits parce que nous
entretenons un vieux fond d’humanisme et qu’il y a toujours des situations qui
se prêtent trop facilement à la dérision. Et sans avoir besoin de représailles,
nous savons prendre du recul par rapport à notre boulot et réagir quand nous
allons trop loin.
Comptez-vous un jour sortir sur papier relié le livre
Crobard ?
En termes de publication papier, nous avons collaboré avec le Follower tout
le temps que ce dernier a existé, mais c’est notre seule expérience jusqu’à
présent. On nous parle régulièrement d’édition papier du Crobard, mais à vrai
dire, nous n’avons jamais vraiment cherché d’éditeur (d’ailleurs, si par hasard
l’un d’eux lisait ces lignes…).
Sand : Passer à une version papier demanderait un gros travail d’épuration
et de structuration du contenu du site, chose que nous n’avons pas encore envisagée.
Fab : On se sentirait effectivement plus à l’aise sur une publication
périodique comme un mag, par exemple… (Grand regard langoureux, clignement de
cils innocent, sourire angélique).
D’une manière générale, quels sont vos projets ?
Sand : Nous avons plein d’idées, mais pas assez de temps pour tout réaliser.
Fab : … Continuer et évoluer vers des univers plus entiers, plus narratifs,
comme nous l’avons fait sur les dernières grosses mises à jour du site avec
« GothStory » et les « PokéGoth ». Et sortir du simple crobard pour l’habiller
davantage.
Sand : Mais l’esprit restera toujours le même : ne rien prendre au sérieux
et se moquer de tout !
Fab : nous essayons aussi de développer notre activité de VJ
(vidéo-jockey), nous habillons la soirée annuelle du nouvel an de Sanctuary
Suisse, « A gathering of the tribe ». Nous bossons pour cela avec d’autres organisateurs
de soirées goth (et pas goth, également). Cette année, nous avons un projet
de collaboration avec un groupe pour habiller visuellement leur concert. Et
pourquoi, au bout du compte, ne pas rejoindre les deux en s’essayant à l’animation
et voir naître des cartoons façon Crobard ?
Site internet : www.thecrobard.propagande.org
Propos recueillis par Alyz Tale