Carnets de voyage : Goth à Tokyo

Tokyo et sa banlieue, 28 millions d'habitants.

Loin de ressembler à un Gotham City asiatique les maisons à un étage couvrent à perte de vue l'étroite bande de terre constructible. Coincé entre la mer et les montagnes, coincé entre la foule les voitures et les vélos, coincé dans votre appartement minuscule. On est toujours coincé là-bas.

Oscillation constante entre tradition et modernisme, le dimanche les jeunes filles vont s'acheter leur nouvelle paire de chaussure à talons compensés en yokata, kimono estival version light du fameux modèle, mieux adapté à l'humidité implacable qui abat inévitablement les occidentaux en villégiature.

L'uniformité est une vertu ; les habitudes et loisirs de tous obéissent à un consensus bien établi.
Les japonais jettent leur uniforme à 18 ans pour endosser vêtements larges bardés d'écussons nike et gap.
La musique est bonne surtout quand le refrain est en anglais. Avec un peu de chance et d' argent ils iront une fois à Hawai ou Paris avant leurs vingt-cinq ans. Ils profitent et ils ont raison, lorsqu'il sera temps de travailler ils troqueront à nouveau leurs vêtements contre un uniforme rose pour les filles et bleu pour les garçons, à moins qu'ils ne deviennent salarymen toujours pressés, compressés par les impératifs de leur société.
La compagnie a une importance démesurée. Ce n'est pas simplement le lieu de travail. C'est votre entreprise qui vous loge, vous paye vos repas et votre déplacement jusqu'à l'usine/laboratoire. C'est dans votre compagnie que vous vous ferez vos amis, vos collègues, car une fois le travail terminé vous les retrouverez derrière une chope d'un litre de bière dans un des milliers de bars 'familiaux' abritant au plus dix clients à la fois

Ce n'est pas une fatalité, simplement l'ordre des choses.
Les japonais ne se résignent pas à marcher dans les sentiers tracés, ils ne se posent même pas la question.

Dans ces conditions il n'est pas tellement surprenant que le goth soit complètement inconnu au japon.
A Tokyo il doit y avoir au plus quatre-vingt goths.
Une seule et unique soirée leur tient lieu de rencontre une fois par mois ( bien que récemment un groupe de DJs tentent l'aventure en ouvrant un club industriel ).
Etrange lieu que le Club Eve, endroit minuscule caché au troisième étage d'un immeuble sordide, ou parmi les quarante personnes présentes on dénombre un journaliste anglais un journaliste australien, l'ingénieur son et l'ingénieur lumière de KMFDM.

Les goths japonais sont avides de signes de l'occident.
Trouver un CD estampillé 'goth' chez un disquaire est une gageure. On se partage une revue ramenée par quelque chanceux qui ont fait le voyage jusqu'à Leipzig cet été. La plupart n'ont qu'une vague idée du « background » de la scène, beaucoup viennent parce qu'ils aiment danser ou s'habiller goth et les rares 'connaisseurs' ont généralement séjournés longtemps en Occident.
Difficile de leur en vouloir, la culture dans laquelle ils baignent est très différente et n'est pas emprise de morales judéo-chrétiennes, je doute qu'on trouve facilement Poe ou Baudelaire en japonais d'ailleurs.

Quelque étrangers installés à Tokyo semblent motivés pour se lancer à la conquête musicale du pays.
Je leur souhaite bonne chance, dans un pays ou quelqu'un fringué goth passe pour un fan de groupes de pop japonaises, il y a du travail.

Complément de carnet de voyage :

Il y a très très peu de goths au japon.
A vrai dire le courant ne doit être connu que dans Tokyo et Osaka les deux plus grosses mégalopoles.
A l'origine le courant semble avoir été rapporté des états-unis par des jeunes japonais qui ont séjournés quelque années là-bas ou on eut des contacts avec la scène.
Haruhiko l'organisateur des soirées au club-eve est un ancien musicien dans un groupe de punk japonais.
Les personnes présentes aux soirées viennent de divers horizons.
Chacune à sa propre expérience qui l'a aménée dans ce club.
Il n'y a donc pas vraiment de style copié et imité.
Pas assez de monde d'une part, et pas assez d'influence des musiques/groupes d'autre part.
Globalement c'est un mélange de ce qu'ils ont pu capter de l'occident et des moyens qu'ils ont mis dedans, mais le look ne semble pas nécessaire à l'intégration j'ai vu des gars en survêtement ou presque quoi...
Quelque part c'est exaltant de voir un petit groupe réunis autour d'idées qu'il ne maîtrise pas, connaissent à peine. Comme si tout était à faire.
De l'autre c'est dommage qu'au final ils ne soient qu'en train de tenter de copier l'occident.

magnus

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