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Alyz Un petit brin de femme discret et déterminé,
souvent décriée pour avoir eu " l'outrecuidance " de reprendre le très vénérable magazine Elegy, elle dirige son équipe dans un gant de velours, ayant renoué avec un certain esprit dark.
La première à avoir relevé l'inquisition du Crobard :
Alyz Tale : rédatrice en chef de Elegy

1/ Qu'est ce qui t'attire dans la scène/culture goth ou "dark" ?
Je pense que c'est la richesse de cette culture qui m'attire. Malgré son aspect "fermé", le milieu dark est une véritable mine d'or en matière de découvertes artistiques. Quand on pense au nombre de courants musicaux, littéraires, tout simplement artistiques au sens large, qui sont affiliés à cette culture, c'est ahurissant ! Il faudrait toute une vie pour explorer ce labyrinthe dans ses moindres détails.
Le but n'étant évidemment pas de tout explorer. Certains vont se focaliser sur un courant musical (électro, dark wave, heavenly, etc.) et essayer de découvrir jusqu'au moindre groupe dans leur style de prédilection, d'autres vont se passionner pour la littérature fantastique ou médiévale, ou encore pour un photographe ou un peintre. C'est tout cela que je trouve passionnant, une multitude d'artistes et de gens passionnés gravitant autour d'une même planète, aussi sombre soit-elle.
C'est sans doute aussi pour cette raison que les clichés récurrents sur le monde gothique sont aussi agaçants. Le tableau habituel de l'âme suicidaire se prélassant sur une tombe dans sa robe de velours est réducteur au possible et il est vraiment dommage que les gens extérieurs à cette culture n'en possèdent que cette image !

2/ A quel souvenir/artiste est liée ta "découverte" de cette scène ?
C'est avec Dead Can Dance que j'ai mis un pied dans le gigantesque édifice de la scène dark.
Un ami m'a un jour prêté un de leurs albums et ça a tout simplement été "la claque". A cette époque, j'étais lycéenne, je n'avais pas un sou et il était pour moi plus que frustrant de ne pouvoir me précipiter chez un disquaire et acheter toute leur discographie !! A défaut, j'ai pris toutes les cassettes vierges dont je disposais et l'ami en question m'a copié tout ce qu'il pouvait. Entre deux Dead Can Dance, il a glissé quelques Christian Death, New Model Army ou Diamanda Galas...
Et voilà, c'était trop tard, j'avais plongé !

 

3/ On a tous un petit trésor secret, un artiste qu'on est presque seul à connaitre, le tien serait lequel ?
Il y a effectivement eu une période où je passais mon temps à essayer de trouver le moindre side-project des artistes qui m'intéressaient.
Cela a notamment été le cas avec Rozz Williams et ses nombreux projets comme Daucus Karota ou Premature Ejaculation (d'ailleurs, pour la petite histoire, j'étais très à l'aise en le demandant au vendeur du magasin de disques qui a hurlé à son collègue à l'autre bout du rayon : " Hey, tu connais Premature Ejaculation pour la demoiselle là ? " !!!). C'est un peu comme les collectionneurs invétérés qui cherchent désespérément le picture disc de X ou le premier pressage de Y, cela fait partie de la passion.
Maintenant, je crois que je vois les choses un peu différemment, ça m'est égal de savoir si un groupe est connu ou non, il me suffit de savoir qu'il me plaît.
De plus, c'est toujours lorsque l'on est persuadé d'être le seul à connaître un artiste que l'on se rend compte qu'il existe un fan club mondial de ce même artiste !

alyz
Cela a par exemple été le cas, il y a quelques années, lorsque j'ai découvert le label Prikosnovénie. J'ai tout de suite développé une véritable passion pour leur catalogue de "Fairy Voices" que j'ai d'ailleurs commandé dans son intégralité presque immédiatement. Il se trouve que mon "cercle d'amis" n'écoutait pas ce style de musique du tout et que, par conséquent, j'étais persuadée d'être l'une des rares personnes à écouter les "Chuchotements" des Secrets de Morphée en boucle !! Mes convictions se sont bien entendu révélées fausses très rapidement et j'ai très vite constaté que les fans de musique féerique étaient plus que nombreux.
Je pense qu'il est simplement passionnant de découvrir le ou les artistes qui nous font vibrer, peu importe s'ils ne font vibrer qu'un groupuscule ou des milliers de gens.

4/ Ton plus grand regret concernant la scène francaise actuelle ?
Je n'ai pas vraiment de regret, au contraire, je trouve que le scène française se porte plutôt bien. Il y a de plus en plus de groupes, tous styles confondus, de plus en plus de labels, de plus en plus de reconnaissance internationale, des groupes hexagonaux sont signés par de gros labels étrangers, sont invités à des festivals, les concerts sont nombreux, beaucoup d'associations se créent...
La scène française est tout sauf statique.
Les seuls regrets à avoir sont, à mon avis, d'ordre technique : manque de salles, manque de moyens, etc. Il est vrai qu'à ce niveau-là, les groupes français font face à des problèmes importants même si les choses ont tendance à s'améliorer un peu de ce côté là en ce moment.

5/ Comment il faut faire pour prendre ta place et devenir rédacteur/trice en chef de Elegy ?
Hehe, Je n'ai pas fait d'école de "rédacteur-en-chef-d'Elegy" si ça peut te rassurer !
Lorsque j'ai entendu dire que le magazine Elegy cherchait une équipe, j'ai postulé. Les recruteurs ne cherchaient pas des journalistes ayant dix ans d'expérience, ils cherchaient une équipe de passionnés sachant écrire, connaissant le millieu dark et le monde des labels. Je suis arrivée avec les articles que j'avais déjà écrit et une équipe de journalistes impliqués dans le milieu goth depuis longtemps, ayant chacun des passions différentes et complémentaires (cinéma, littérature ou électro, 80s,...).
Tout ceci s'est fait le plus normalement du monde, comme un entretien d'embauche classique, si ce n'est que les postulants venaient du milieu dark.

propos recueillis via mail le 30 mai 2002
elegy

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