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le
gothique : la droite ligne
Devenu une sorte d'étiquette fourre-tout,
où se confondent un courant musical et la totalité de ce qu'écoute
ceux qui se disent gothiques, on retrouve sous ce même nom aussi bien
de l'indus frôlant la tekno-hardcore que des chants grégoriens,
mais avant d'être sous le feu nourri de média assoifés gothique
ça voulait dire quoi ?
Le texte ci-après est le forfait de Tenebrae.
Nous
sommes au début des 80's.
Nouvelle décennie oblige, les grands mouvements musicaux des 70's s'essoufflent
considérablement : le rock psyché a perdu de nombreuses figures emblématiques
dans des circonstances aussi obscures que dramatiques ; le heavy metal s'enlise
dans de nouvelles formations où l'on se sert plus de son sèche-cheveux
que de sa guitare ; le disco, qui déjà à son âge d'or n'avait
pas grand chose à dire, devient un mouroir de strass pathétique ; le punk perd
de plus en plus de sa radicalité et son innocence (la presse, la mode et le
star system décideront officiellement sa fin en 1986)....
et si déja quelques précurseurs s'annoncent timidement : Kraftwerk et
son synthétique Autobahn date de 1972 !!
Il faudra attendre 1978 pour avoir un premier single officiellement estampillé
New Wave avec "Video killed the radio star" de Buggles.
De part de d'autre de l'Atlantique donc, tirant la leçon du nihilisme punk et
de sa désacralisation de la "création musicale", une nouvelle génération d'artistes
hybrides déferle sur la scéne qu'il sera logique pour la presse d'appeler scene
"post-punk".
L'avénement des claviers permettant des explorations sonores et d'ambiances
jusqu'ici marginales, le post-punk nourrira en son sein l'enfant terrible
et décrié par dégout et/ou par moquerie : le gothique.
Le gothique (terme générique qui au fur et à mesure des génerations se divisera en nombreux sous-genre) se reconnait à ses débuts au travers de mélodies arides et funèbres, de rythmiques séches pour ne pas dire décharnées et des thémes de prédilections qui seront dans le désordre le mysticisme, l'ambiguité sexuelle et séxuée, le romantisme noir (héritage de l'époque victorienne anglo-saxonne), le désenchantement de la condition humaine ainsi que le fardeau de l'existence en elle-même... ce qui paradoxalement en fait un des genres les plus matures de l'histoire du rock car comtemplatif et esthétisant et l'un des plus méprisés car outrancier et cynique.
Petit
éventail non exhaustif et non objectif :
JOY DIVISION : groupe anglais fondé en 1978 considéré
comme précurseur du mouvement Cold Wave (le nom parle de lui même), une basse
à se trancher les veines, des synthés cliniques, des rythmiques post mortem,
une voix inimitable, le desespoir comme aboutissement. Ian Curtis, leader du
groupe se suicidera le 18 mai 1980. Le reste du groupe continuera ensuite sous
le nom de New Order, qui pour anecdocte a été élu meilleur groupe des 80's par
le magazine les Inrockuptibles.
CHRISTIAN DEATH : groupe américain fondé en 1981.
Longtemps considéré comme le fer de lance du mouvement death rock (c'est à dire
la version US du goth britannique) : guitares plus lourdes, voix extatique en
dents de scie, rythmiques batârdes. Une pléthore d'albums aussi flamboyants
qu'habités par l'esprit torturé et mystique de son seul véritable leader : Rozz
Williams dont les thémes de prédilections seront la magnificence de la religion
ainsi que ses débordements (sa famille était d'une austérité clericale exemplaire),
la drogue (héroïnomane à 14 ans!!) et le sexe. Il se suicidera le 1 avril
1998. Les différents line up consécutifs donneront naissance à de nombreuses
formations majeures de la scéne ( Mephisto walz, Faith and the muse, Gitane
demone...). Le groupe continue de nos jours avec Valor (déjà présent à la premiere
époque) avec plus ou moins d'inspiration et de succés.
SISTERS OF MERCY : groupe anglais formé en 1980.
Considéré comme le groupe qui a fait explosé la scéne gothique en Angleterre.
Voix d'outre tombe du leader Andrew Eldricht (fortement inspiré par les écrits
des soeurs Brontë, d'où le nom du groupe), boite a rythmes hyper mécanique voire
binaire, guitares cristallines et basse lourde. Discographie culte : 3 vrais
albums en une vingtaine d'années.
VIRGIN PRUNES : groupe anglais fondé au début des
80's (je sais plus quand). Groupe faisant partie de la famille batcave. On peut
définir le batcave comme la jonction entre le glam-rock des 70's pour le côté
provoc' sexuelle et le punk pour le coté déjanté et sauvage (le Batcave est
aussi le nom d'un célebre club londonien où se produisaient de nombreux groupes).
Groupe à forte inspiration paganiste (leurs concerts tenaient plus de
la performance limite vaudou que du concert rock classique). Carriére (trop)
courte. Continuera plus tard sous le lumineux nom de "The prunes".
SEX GANG CHILDREN : groupe anglais fondé debut 80's.
Fait également partie de la mouvance batcave mais le coté provoc vient ici de
l'utilisation viciée de l'ambiance cabaret. Andi sex gang, le chanteur a certainement
une des voix les plus aigües du mouvement. Il continue une carriere solo dispensable
accompagné quelquefois de son ancien groupe.
SIOUXSIE AND THE BANSHEES : groupe anglais fondé
en 1977/78. Au départ largement et simplement post punk (comme Cure ou Killing
joke), le groupe a su au fil des albums trouver sa marque. Siouxsie est certainement
une des plus fortes voix féminines goths. Les premieres années furent fructueuses
dans la richesse du style et des arrangements qui allient avec maestria aridité
tranchante des instruments et complexité des mélodies. Une icone de la scéne.
A splitté en 2000. Siouxsie et Budgie (ancien batteur des banshees) continue
avec leur groupe "Creatures".
BAUHAUS : groupe anglais fondé en 1978. Un gothique
sophistiqué et magistral tant sur albums qu'en live. le leader, Peter Murphy
fortement inspiré par Bowie et l'expressionnisme allemand a donné au gothique
britannique un de ses hymnes éternels. Des envolées presques expérimentales
font de ce groupe une pierre angulaire et respectable de la scéne. Le split
du groupe a engendré une carriere solo en demi-teinte de P. Murphy ainsi que
"Love and rockets" pour le reste du groupe.
FIELDS OF THE NEPHILIM : groupe anglais fondé au
début des 80's. Groupe emblématique d'un certain style alliant mythologie
summérienne, structure musicale presque métale pour du goth et
une iconographie inspiré des westerns spaghettis. Une ambiance danstesque à
l'ecoute, un style puissant et lourd mais jamais pompeux. A l'inverse d'Andi
sex gang, Carl Mc Coy, leader du groupe, a certainement la voix la plus caverneuse
et sépulcrale de la scéne à l'époque. Un groupe à part donc culte
dans l'esthétisme gothique. Maintes fois imités, jamais égalés.
ALIEN SEX FIEND : groupe anglais formé au début
des 80's. Le Groupe batcave par excellence. Un look punk genre fin de cosmétiques,
fin de fringues, fin de carriere, fin de vie, fin de tout. Une musique où
se mélange les riffs de guitares les plus simples avec les bip bip de
porte clefs gadgets et les patterns de boites à rythmes les plus désordonnées
et/ou stupides. Un must du genre. Hystérique, outrancier, sale, moche
et hautement jouissif, M et Mme Fiend furent les emblèmes d'une décadence
et d'un certain regard sur leur époque que peu de groupe de la même famille
osérent. De part leurs mélanges musicaux, sont considérés par certains fans
comme faisant partie des précurseurs de la techno. Débile et orgasmique, recommandé.
Le groupe continue de nos jours en produisant d'obscurs morceaux techno moches
pour jeux vidéos.
CURE : groupe anglais formé en 1978. Le groupe culte
qui a définitevement traumatisé toute une génération de corbeaux (parce que
tout maigres, pales, les yeux cernés de noirs avec des grands impers noirs aussi
de préference) avec sa fameuse trilogie infernale "seventeen seconds/faith/pornography".
La trilogie est un monument en ruine d'horreur introspective. Une spirale inéductable
dont on ne peut de toute façon sortir indemne. A ne jamais écouter quand il
pleut...
Déliberemement
mis à l'écart de la liste, la France toujours en retard d'une
demi-génération (voire plus) n'a pas su faire la place que méritaient les formations
de cette époque mais on pourra citer dans une optique plus large que
le gothique des groupes tels que Neva, Trisomie 21, Charles de goal, Les visiteurs
du soir, Norma Loy ou Little Nemo ou encore Tranxen 200.
De plus on pourra reprocher à cette liste d'avoir écarté l'heavenly voices ainsi que les groupes qui ont allégrement (et souvent sans talent véritable) profité de l'avénement de la New Wave en utilisant la culture gothique comme faire valoir commercial ( une tonne de mascara et une croix dans un décolleté avantageux sont souvent bien plus juteux q'une mélodie complexe et un discours valable).
Ok c'est vrai... et alors ? Qui a dit que c'était fini ?
Liste évidemment
non-exhaustive.
Tenebrae