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Départ d'Ardèche, chaleur sèche, ciel aveuglant.
Récupération du Nicolas de grenoble à la gare très facilement: normal, il a un sac à dos et il est sapé noirdiquement.
C'est parti. Peu de conversation, il ronque et moi aussi, sauf que c'est moi qui conduit.
L'excitation me tient et l'arrivée à l'heure exacte à R.. me rend euphorique. Petit retard de Sand et Fa, mais pas d'inquiétude à ce sujet, s'ils ne sont pas là maintenant ils seront là plus tard. En attendant réparer à tout prix le poste K7 à coups de scotch et de fil de cuivre. Musique. Les voilà, loghorrée du trio, debarquement embarquement chargement
(et, on a rien oublié par terre ?). L'autoroute est fluide, douane allemande à Forbach, la conversation coule et rythme les km. Petites haltes dans des stations services géantes, bouffées de speed pour les caissiers à la vue des look de Sand et Fa, temps doux.

Camping agra : merde : tentes entassées (c'est pratique chaque sardine permet d'être utilisée par 2 tentes) et cadavres de canettes partout. Les retardataires n'ont plus qu'à planter dans les gravats. Je psychote et nous trouve un coin d'herbe miraculeusement inoccupé. Finalement les ordres arrivent : il y a un autre terrain, idyllique paraît-il. C'est ce dernier mot qui me séduit, de nouveau chargement embarquement avec cette suée poisseuse qui colle aux vêtements de la veille.
Le soleil tape déjà à 7 h du matin. Trouver Volkspark n'est pas si facile que ça voudrait l'être : il y a ceux qui ne connaissent pas, ceux qui vous envoient à l'opposé, et les bons samaritains (merci mémé) au moment où je vais tout abandonner et rentrer sur l'Ardèche (où là, on peut poser sa tente n'importe où, avec de jolies torrents et une herbe tendre).

ça valait le coup.

Le soir, premiers concerts dans des halls immenses (agra), déambulation peinarde entre chaque groupe, comme d'hab je ne me sens pas bien avec cette impression d'être au milieu de goths maniérés qui ne font que s'observer et se mater pour être sûrs d'être bien beaux. Heureusement Covenant et ses rythmes trance commerciaux mais tellement heureux me libèrent ma montée. Je n'ai pas le temps de m'apercevoir que c'est fini que déjà sigue sigue sputnik balance la patate : cuir rouge flamboyant, hurlements éléctroniques, beat explosé, n'importe quoi, je suis loin et si bien. Les fossettes de Fa sont creusées, son sourire élargis, ses yeux soulignés par un je-ne-sais-quoi de jaillissant. Bienvenu à Leipzig, c'est parti.
Puis soirée très écléctique dans une pièce façon "salle des fêtes de mariage". La prog est nickel, alternance de tous les genres, premières rencontres.
Exténués après plusieurs heures délirantes Jeck et moi sortons. En passant par un des 2 grands hall, le bpm éléctro nous enveloppe à nouveau car là bas on dance aussi. Replongée dans la folie. Quand nous sortons au petit matin, les pieds en purée, le soleil est déjà là. On n'aura pas vu la nuit du vendredi.
Retour sur Volkspark, hordes de goths endormis dans les stations de tram, silence du cluber assouvis.

Le jour sieste/douche/céréales.

La nuit Messenhalle 16, temple de l'electro-indus.
Le lieu à lui seul est spectaculaire : c'est un bâtiment grand comme le musée d'histoire naturelle du jardin des plantes (il abritait la célèbre foire de Leipzig du temps de la RDA), mais il est délabré et désafecté aujourd'hui. Imaginez une salle circulaire grande comme une basilique, murs blancs et nus, plâtre écaillé. Les sons éléctroniques qui parviennent des 2 autres salles rectangulaires adjacentes frappent rebondissent et résonnent contre les énormes piliers soutenant la charpente métallique.
A musique industrielle lieu post-indus !

Les groupes se succèdent sur les 2 scènes spécialisées, nouvelles déambullations dans des salles grandes comme une gare. La pluie goutte des plafonds crevés. Les looks sont lâchés et réellement excentriques, les plus beaux ne sont pas noirs à l'extérieur.

Le lendemain
Le lendemain justement : concerts annulés, plus de sous, l'arnaque vient de haut et a été bien préparée me dit un traveller belge qui vient ici depuis 4 ans maintenant. Les artistes qui devaient être payés lors du festival (exceptionnel) ne pourront pas l'être car une des directrices s'est rémunérée avec. Et celà depuis le début du festival ! Partout un seul mot : la salope
.
Trahison, amertume mais envie de faire honneur à tous les organisateurs qui ont permis le miracle malgré le chaos.
Pour nous c'est la dernière soirée, tout le monde a envie que cette dernière soit la plus belle. Et partout les gens le prouvent (quête pour les types de la sécu, leipzig paye les kwatt du son etc..)
: de la salle indus un mur sonore refoule les spectateurs non prémunis de bouchon anti-bruit. Dans la basilique centrale on ne peut même pas se parler. Dans la salle éléctro les groupes bénévoles et
A Agra spectacle de désolation et de fuite. Vitrines explosées, barrières renversées, bienvenue dans le bronx, j'aurais préféré mieux comme préparation de descente. Les stands finissent leur déménagement. J'ai le cafard. Du son parvient encore d'une salle, bondée mais dansante sous la prog du slimelight. Je danse sans trop d'entrain, je cherche Sand et Fa mais je ne trouve que des hallus de cheveux rouges et de crêtes. Cela ne m'étonne guère de ne pas les trouver là, je sais qu'ils ne sont pas masos et qu'ils ont trouvés un plan plus sympa.

A cinq heures je mets les voiles avec un dernier regard d'adieu sur le désolant spectacle qu'offre le site. Pas de tram et je suis seul. Pas besoin de tout ça pour psychoter. Après 1 heure de marche le tintinnement sourd des roues d'un tram lointain me fait émerger de l'état d'hypnose dans lequel je m'étais réfugié. A l'intérieur : ouf, 2 goths solitaires. Elle me reveillera comme une maman un peu plus tard pour ne pas que je loupe l'arrêt du camping. Merci à Toi.
Au camp Sand crache d'un coup le stress de sa soirée et je comprends en 4 centièmes comment elle a pu me haïr et comment elle m'aime pour m'avoir cherché à ce point. Bon, c'est réparé. On fait les bagages, Sand et Fa décompensent avec la chimie amusante,
moi je prends le temps, je veux m'imprégner des derniers instants. Nos voisins préparent la soirée the Sanctuary, je sais qu'elle sera belle mais le Leipzig d'hier soir m'a redonné la flippe et tout à l'heure ça sera de nouveau 8 heures de caisse non stop, en rebondissant d'un bord à l'autre de l'autoroute, 5 energy drinks dans le fond de l'estomac.
J'oublie encore le détail des couleurs chaudes qui ondulent derrière la rétine, des sons ralentis, des mains qui explorent les méandres de la musique, du bonheur d'y être à plusieurs.

Le Fou

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